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Maisons de retraite est un groupe de mots qui fait peur. Celui d’EHPAD c’est encore pire. À la limite, résidence senior, ça passe… Pour beaucoup, il faudrait repousser, au plus tard possible, le moment d’aller s’installer dans l’un de ces lieux. Quant aux familles, elles nourrissent souvent une forme de crainte et de culpabilité à « placer » leurs parents dans l’un de ces établissements. Derrière cela, l’idée selon laquelle il serait forcément mieux de vieillir chez soi. Et les scandales qui ont touché ces établissements au cours des dernières années n’ont rien arrangé. Peux-t-on mettre son père-ou sà mère…- en maison de retrainte sans culpabiliser ?

Mettre sa mère en maison de retraite

Chez Ma vie en LIVRE, notre ADN de journaliste nous a amené à mener l’enquête auprès des principaux intéressés. À savoir ceux qui vivent dans ces établissements ?
Pour être tout à fait transparents les répondants vivent dans des établissements avec lesquelles nous travaillons -soit des établissements qui sont convaincus par l’intérêt de valoriser les souvenirs de leurs résidents. 

Nous avons donc demandé à Bernadette, Francis, Marc, Hélène et Marie-Thérèse ce qui les avait poussés à partir de leur maison, comment ils l’avaient vécu et comment ils se
sentaient aujourd’hui. Eh bien, vous nous croirez ou non, mais ils ne reviendraient chez eux pour rien au monde.

Prendre la décision avant qu’il ne soit trop tard

Ce qui revient souvent dans les échanges avec les résidents, c’est cette idée contre-intuitive : plus on s’installe « tôt », plus l’adaptation est facile. Ceux qui arrivent alors qu’ils sont encore autonomes ou en relativement bonne santé vivent mieux le changement. Pour certains, c’est aussi un moyen de continuer à vivre avec leur conjoint ou leur parent, sans que la relation d’aide devienne trop lourde.

« On retrouve une forme de liberté, sans se quitter », glisse Hélène, les yeux brillants.

Bernadette : « Je ne voulais pas devenir un poids pour ma fille »

Après la disparition de son mari, Bernadette décide de s’installer près de sa sœur, dans le Sud-Ouest. Mais rapidement, sa santé vacille : deux petits AVC l’obligent à repenser ses priorités. Sa fille, vivant près de Paris, doit faire plusieurs allers-retours pour s’occuper d’elle.

« J’ai compris que je ne pouvais pas lui demander cela indéfiniment. J’ai vendu mon appartement, et je me suis rapprochée d’elle, sans m’imposer. Aujourd’hui, je suis libre, entourée, et elle est rassurée. »

Hélène : « Je voulais continuer à vivre avec ma mère, mais autrement »

Hélène vivait seule avec sa mère, dans une maison devenue inadaptée. Les escaliers, l’isolement, et un sentiment d’insécurité de plus en plus pesant l’ont poussée à chercher une solution.

« J’avais besoin qu’on prenne soin d’elle, mais sans nous séparer. Dans la résidence, elle avait son espace, moi le mien. On se retrouvait chaque jour, sans stress. C’était précieux. »

Francis : « Mes petits-enfants ont tout organisé »

La santé de l’épouse de Francis se dégrade, et la vie dans leur appartement n’est plus tenable. Ce sont ses petits-enfants qui prennent les choses en main.

« Ils ont visité plusieurs lieux, posé toutes les questions. Moi, je me suis laissé porter. Ils ont bien fait : je me suis très vite senti chez moi. »

Marc : « C’était elle ou rien »

Marc et son épouse vivaient dans une grande maison à la campagne. Un vrai havre de paix, jusqu’au jour où les premiers signes d’Alzheimer apparaissent.

« Elle oubliait de faire des choses simples… Je ne pouvais pas la laisser partir seule. Alors je suis venu avec elle. Parce que c’était elle, parce que c’était nous. »

Marie-Thérèse : « Je voulais rester indépendante »

Avec son mari, Marie-Thérèse avait choisi la mer pour leur retraite. Vingt-cinq ans de bonheur, de balades, de visites des petits-enfants. Mais à la disparition de son mari, la maison est soudain devenue trop grande.

« Mes filles m’ont aidée à réfléchir. Je voulais rester active, faire mes courses, voir du monde. La résidence m’a permis tout cela. Et surtout : ne pas me retrouver enfermée dans une solitude discrète. »